Le Paris des Grands Hommes

Le Palais du Luxembourg et son jardin

Sur les pas de ses grands hommes

5 MAI 2019

Histoire de la construction :

 

En 1612, Marie de Médicis, régnait sur la France depuis la mort d’Henri IV, survenue deux ans plus tôt.

 

Elle avait passé son enfance en Toscane, à Florence, au sein du Palais Pitti, où elle avait acquis, auprès de précepteurs talentueux, une sensibilité aux arts qui florissaient alors dans cette partie de l’Italie. Son mariage avec le roi de France, en 1600, l’avait arraché à ce monde, mais le passage des années, ne lui en avait pas fait perdre le souvenir. Inspirée des modèles architecturaux de sa jeunesse, elle voulut se faire construire, aux portes de Paris, un palais aux allures florentines.

 

L’emplacement choisi était situé entre les murailles sud de Paris et le clos des chartreux. Il était peuplé d’hôtels particuliers qu’elle fit en partie raser. Le principal d’entre eux était l’hôtel de Piney-Luxembourg, qui appartenait à une famille dont les ancêtres avaient possédé le duché du Luxembourg. Elle obtint également des chartreux, la concession d’une partie de leur territoire, afin de doter sa résidence d’un vaste jardin.

 

L’architecture du nouveau palais et l’ordonnancement du jardin furent confiés à Salomon de Brosse. Cet architecte, un des plus illustres de son époque, s’était notamment fait remarquer par la réalisation de la façade de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais. Pour les décors, elle fit appel à de nombreux peintres, dont le plus renommé d’Europe : Rubens. Elle lui commanda une série de toiles représentant quelques épisodes de sa vie ainsi que les faits d’Henri IV. Il les peignit à Anvers et vint lui-même les amener à Paris. Parmi ces oeuvres, il y avait Le Couronnement de la Reine, qui fut achevé au sein même du palais en 1625, et qu’on peut admirer aujourd’hui au Louvre.

 

Les travaux furent achevés en 1625, date à laquelle la régente put emménager dans sa résidence. Elle voulut la nommer le Palais de Médicis, mais la mémoire des riverains était trop attachée à la dénomination de l’ancien bâtiment, et bientôt elle ne fut plus appelée que Palais du Luxembourg.

 

Le palais et son jardin restèrent aux mains des princes du sang jusqu’à la révolution. Entre 1750 et 1781, un musée public fut ouvert dans la galerie est, rassemblant 96 toiles. Il fut fermé par ordre du comte de Provence, le frère de Louis XVI et futur Louis XVIII, qui était, à cette époque, le propriétaire des lieux. Le 20 juin 1791, celui-ci prit la fuite pour s’installer à Coblence.

 

En 1793, la Convention fit de ce palais une prison. Y furent notamment enfermés Danton, Desmoulins, Hébert, Fabre d’Eglantine, en attendant leur mort sur l’échafaud.

 

De 1795 à aujourd’hui le bâtiment a été affecté tour à tour aux directeurs du Directoire, au Sénat, à la  Chambre des Pairs, puis, sous Napoléon III, au Sénat de nouveau, qui y siège encore.

 

De 1796 à 1811, le jardin changea considérablement d’aspect. Il profita de l’expulsion de l’ordre religieux des Chartreux pendant la Révolution, pour s’étendre sur leur ancien domaine, vers le sud. Cette extension fut accompagnée d’importants réaménagements des terrains sous la direction de Chalgrin. Le jardin prit alors sa forme actuelle.

 

 

Les grands hommes qui ont fréquenté le jardin :

 

Dans les années 1820 et 1821, Victor Hugo y donnait des rendez-vous secrets à Adèle Foucher, que sa mère avait interdit de fréquenter, et qui deviendrait pourtant sa femme. L’écho de ses amours adolescentes se retrouve dans Les Misérables : Marius s’y rend régulièrement, espérant y croiser Cosette, se promenant au bras de Jean Valjean.

 

En 1832, le jardin du Luxembourg a inspiré à Nerval le poème « une allée du Luxembourg » :

 

Elle a passé, la jeune fille

Vive et preste comme un oiseau :

À la main une fleur qui brille,

À la bouche un refrain nouveau.


C’est peut-être la seule au monde

Dont le cœur au mien répondrait,

Qui venant dans ma nuit profonde

D’un seul regard l’éclaircirait !


Mais non, ma jeunesse est finie…

Adieu, doux rayon qui m’as lui,

Parfum, jeune fille, harmonie…

Le bonheur passait, il a fui !

 

Dans La Confession d’un Enfant du Siècle, parue en 1836, Musset a évoqué, à travers les rêveries d’Octave, ses propres souvenirs au jardin du Luxembourg : « L’aspect des allées du Luxembourg me fit bondir le coeur, et toute autre pensée s’évanouit. Que de fois, sur ces petits tertres, faisant l’école buissonnière, je m’étais étendu sous l’ombrage, avec quelque bon livre, tout plein de folle poésie ! car, hélas ! c’étaient là les débauches de mon enfance. Je retrouvais tous ces souvenirs lointains sur les arbres dépouillés, sur les herbes flétries des parterres. Là quand j’avais dix ans, je m’étais promené avec mon frère et mon précepteur, jetant du pain à quelques pauvres oiseaux transis ; là, assis dans un coin, j’avais regardé durant des heures danser en rond les petites filles ; j’écoutais battre mon coeur naïf aux refrains de leurs chansons enfantines ; là ,rentrant du collège, j’avais traversé mille fois la même allée, perdu dans un vers de Virgile et chassant du pied un caillou. « Ô mon enfance ! vous voilà, m’écria-je ; ô mon Dieu, vous voilà ici ! » »

 

En 1843, Baudelaire y fit la connaissance de Banville. Celui-ci a raconté la scène dans ses Souvenirs : « Je me promenais au Luxembourg avec Privât d'Anglemont qui me montrant à deux pas de nous un jeune homme de vingt ans, beau comme un dieu, me dit d'un ton gai, comme heureux de rencontrer un camarade : « Tiens, voilà Baudelaire ! » […] [Il]  nous présenta tout de suite l'un à l'autre. Jamais choc ne fut plus vif, plus absolu, plus spontané. De cet instant, de cette seconde, avant d'avoir échangé une parole, nous étions amis comme nous devions l'être pendant la vie et par delà la mort. »

 

En août 1861, dans une lettre à son ami, Baille, Zola a noté qu’il avait l’habitude d’y passer du temps avec Cézanne : « notre lieu de réunion est sa petite chambre ; là, il fait mon portrait ; pendant ce temps, je lis ou nous bavardons tous les deux, puis, lorsque nous avons du travail par-dessus les oreilles, nous allons ordinairement fumer une pipe au Luxembourg. » 

Giorgi Bakhia